Tessa Naime
Il me textote : « Avance, je te vois. Je suis dans ma voiture ». Il fait si sombre que j’ai perdu mon ombre. Je m’avance dans l’obscurité jusqu’à percevoir une lumière rouge. Rouge comme mes lèvres. Rouge comme les fleurs du flamboyant. Le rouge devrait être la couleur de toutes les premières fois, mais je hais cette couleur…. Une voiture démarre et se rapproche à quelques mètres de moi. La porte s’ouvre. Sa on jan mistik… Je me glisse sur le siège comme si je me glissais déjà dans son lit. Il sourit, tendrement. C’est vrai qu’il est tellement tendre, jusqu’à ce qu’il ouvre la bouche : « Ce soir, je t’amène à l’hôtel. Je veux te faire l’amour. » Me faire l’amour ou me baiser ? Ah la la la. Cher homme, tu ne t’en doutes pas… je suis cannibale, ce soir !
Quelque chose alourdit ma poitrine, comme une petite angoisse qui vient se glisser au milieu de mes complexes. Je n’ai pas regardé mes fesses dans le miroir, ce soir. Et puis, quoi ? Qu’est-ce que j’aurais pu faire de ma cellulite en 2 minutes? Elles sont molles, elles sont molles. Monchè ! Sur la route, il me demande si j’ai faim. Oui, j’ai faim de Toi, Monsieur. Je n’ai pas besoin de le dire, mes yeux l’on fait. Alors, nous nous rendons directement à l’hôtel. Un petit hôtel 3 étoiles, le lieu du vice des trentenaires. Là où tu croises des gens mariés, sans leur bagues, qui fuient ton regard. Attends, c’est pas la cousine de Ginette que je vois là-bas ? Je n’ai rien vu. Il paye la chambre, prends la clé, marche d’un pas décidé. C’est mécanique. Il a l’habitude, peut-être. Je l’observe tandis qu’il insert la clé dans la mauvaise serrure. Une fois. Deux fois. Ensuite, un peu impatient, il réalise son erreur et se dirige vers la bonne chambre.
C’est marrant cette histoire de clé! Une énième métaphore de la sexualité ? Si je suis la bonne serrure, la porte des multiples envies s’ouvrira. Si je suis la mauvaise, nous nous quitterons sans un regard, ou peut-être par une succession de bafouillements pathétiques. Mais, je ne réfléchis plus en passant la porte. Il m’attrape, me serre et toute sa douceur m’envahit soudain. Je me sens aimée par lui, l’inconnu, c’est un doux paradoxe. Il me déshabille avec ses mains froides, puis il ralentit la cadence face à mon regard timide. « Ça va? » Je ne réponds pas. J’ai peur qu’il me voit. Mais lui, semble s’en foutre. Il serre ma main droite si fort. Sa langue pénètre ma bouche, et nos langues s’emportent dans une danse muette. Mais pourquoi il m’embrasse? Il me serre un peu plus fort contre lui, m’embrasse encore sans qu’un soupçon de salive ne s’échappe. Bondyé ! Qu’est-ce que sa bouche est… spéciale. Et il m’embrasse, il m’embrasse si bien, jusqu’à ce qu’il décroche son téléphone ! Non ? Il recule, en prenant une voix plus sérieuse, son masque de virilité retombe.
« Allo ? Oui ? » dit-il, comme si nous n’avions pas déjà hâte de nous manger! Boug an mwen, ou ji ka répon ?! Je me rapproche à nouveau… Cette vulnérabilité m’excite ! Je pose mes lèvres fragiles sur son torse, ses épaules, son cou… Ma langue attrape son oreille, et je le sens frémir. Une petite gêne s’installe dans sa voix. Le timbre change, il parle un peu plus vite, son pouls s’accélère. Il ricane, perturbé par mes doigts affalés sur son fruit. Et lorsqu’il raccroche, il me rétorque : « ça t’amuse ? » Oui, je m’amuse. Et toi, aussi. Me voilà, à nouveau contre lui. Je mouille lorsque ses doigts ouvrent mes cuisses. Mes ongles se plantent dans sa peau lisse, mes yeux dans ses yeux, son sexe qui s’échappe de mes mains. Il me jette sur le lit, se glisse en moi, éveillant chaque sens de mon corps, explorant mes entrailles, avec toute la folie d’un sanguinaire. Ce n’est pas de l’amour, c’est de l’ amor, amor! Il me ramène sur la table principale, une table en bois qui semble à peine tenir. Pa fè mwen tonbé doudou. Il me chavire pour contempler ma nuque. Il chatouille mon anus de ses doigts chauds jusqu’à ce que mon vagin engloutisse ses doigts. Sa main pénètre des sentiers battus, les sentiers du cœur. Puis, impatient, il lâche un son, comme un soupir parce que ça glisse déjà trop. Ça glisse encore, trop, beaucoup trop. Insoutenable!
Les murs ne disent rien sur le chant de nos bassins ; ni sur l’accolade de son phallus et de ma vulve. Mè li-la ka fè dézod! Je l’entends craquer. Je l’entends gémir autant que l’homme. J’entends les lattes fragiles se démonter. Démontée je suis par son aiguillon tandis que je me doigte, tandis que je lèche son pouce, et que ma bouche gourmande ne demande qu’à le dévorer. Me rend-t-il cannibale, me laisse-t-il mordre, saliver, sucer, jouer à la chatte. Il tient ma tête, mon bassin, mes jambes flageolantes. Alors, les murs ne taisent plus… Ce désir brûlant. Les murs ne taisent plus nos jérémiades. Nos joyeuses délicatesses. Et je prends sa queue pour l’introduire entre mes jambes. Et je l’embrasse à perdre mon souffle, comme si ses lèvres ne s’en iront plus jamais. Et ses doigts grimpent sur mon dos, et je ressens le même frisson que la première fois ; comme s’il n’y a que des premières fois…
Puis, il m’empoigne si fort et me dépose sur ses larges cuisses. A mon tour, je m’installe sur son membre droit. La courbure est…parfaite, précise. Nous deux, sur la chaise. Moi, essoufflée, mais affamée. Je me balance, me tords de plaisir, me balade sur lui, j’enlace son torse, oppressant ses poumons. Toufé évè lanmou doudou ! Il est… si désirable. Désiré, il me sent, il renifle mon cou. Nos corps s’élèvent légèrement pour mieux saisir l’instant. Je ressens chaque spasme se perdre dans nos membres. Nous nous tenons ; notre sueur se confond ; et trop vite nous relâchons nos semences. Mon vagin humide se contracte une dernière fois, une toute dernière fois. Et un regard de plus. Et un sourire de plus. Et sa main qui attrape la mienne pour l’enfermer encore.
On ne se quittera plus jamais.
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