Le jour où Dieu a quitté mon péyi…

(Version poétique)

Là-bas, le soleil n’est plus. 

Le colibri ne chante plus.  

Là-bas, les hommes ne pleurent… plus.  

Non parce qu’il n’y a plus rien à pleurer

Mais parce que le Temps a emporté nos maux et nos rires chérubins. 

La vie est chère là-bas, mais les gens ne sont pas si pauvres. 

Les gens sont riches d’amour, peut-être ? 

Parfois, je m’interroge sur l’essence (les sens) de cet amour.

L’amour est-il assez fort pour me protéger ? Pour m’élever ? 

Nourrir le feu qui m’anime ? 

Les gens font-ils semblant de s’aimer ? Comment s’aimer en étant oppressé ? Comment aimer dans le ventre du colon ?

Guadeloupe, je n’ai pas changé. 

Mon feu ne s’est pas éteint. 

Je n’ai pas perdu ma fougue, ni toute la passion qui m’aveugle. 

Les gens opposent l’amour à la colère. 

Moi, je vois tout autrement. 

Je vois à coeur-colère, je vois

Couleurs priMères

À mes yeux, amours et colères se font l’équilibre de ta résistance 

Car, tu le sais, Guadeloupe, 

je suis l’enfant bâtard qui te résiste.

Je suis la vague qui se déferle sur tes rochers, Je suis le sel qui brûle tes yeux. 

Je suis l’eau têtue emportant ton foyer

Je suis la foudre qui s’abat sur ton crâne, 

Je suis le feu inattendu sur ta plantation. 

Je suis la Mort, mais je suis aussi Amor, amor

Là-bas, Violence me rassure,

Et j’assume.

Là-bas, le cri des Femmes émeut autant que le cri du porc

Guadeloupe, 

Tu es si près de moi que je me sens si seule.

Je ne vois plus Soleil se lever et je ne le verrai sûrement jamais s’éteindre.

Là-bas, le soleil n’est plus. 

Le vrai soleil ; celui de la liberté, 

Mais, regarde les enfants de la Savane qui ne se soucient de l’heure qui défile. 

la Nature les engloutit…. 

Les arbres s’étendent au ciel, 

Le sable se retire, 

La Mer s’étend jusqu’à mon insolation 

 mais les enfants, eux, ne bougent pas ! 

Guadeloupe,

J’aimerais tant redevenir ton enfant,

l’enfant submergé par l’oubli

l’illusion, 

l’excès

L’abus de Toi.

Embrasser de mes lèvres tes souvenirs 

Courir jusqu’à ne plus ressentir, ni l’air obstruer mes poumons, 

ni le temps qui s’échappe de mes rides ;

Mais, tu sais, je n’ai jamais cessé de courir

Après toi… 

Guadeloupe 

J’aimerais entendre ton chant 

dont je n’ai jamais perçu la beauté et l’horreur ;

Et,  j’aimerais écrire sur tes murs ce que je n’ai jamais eu le temps d’écrire ; graver sur tes seins ma poésie enfantine et maladroite,

J’aimerais que le temps s’arrête à ce moment précis entre le coucher du rouge sur la mer et le bal des criquets. 

Je les ai toujours haïs, pourtant je voudrais les entendre une dernière fois !

Mais, dommage, le soleil n’est plus !

Là-bas, je brûle. 

Les maisons prennent feu, et à raison, les gens s’arment contre le colon. 

Ici, nous ne vivons ni en guerre, ni en paix. 

C’est l’entre-deux. 

C’est l’entre-soi

C’est l’entre-gens qui s’appauvrissent

Dis-moi, Est-ce que je m’estime pauvre ?

Nous luttons… mais

Dis-moi si je suis animée par le désir de justice ou par le désir d’appauvrir ceux qui sont riches ?

Par le désir d’éteindre ceux qui fondent la fortune sur ma misère ? 

Parfois, je pleure à cœur fermé,

car tu ne m’as rien laissé. 

Ni armes, ni refuges.

Ni rêves, ni espoirs

Ni force de lutter. 

Car la peur m’a vaincu et de toutes mes peurs, la plus grande est de perdre ma liberté.

Mais je lutte 

Car si la peur me séduit par ses courbes, elle ne suffit à éteindre mon feu.

Je ne vois presque plus l’amour, l’amour dont les religieux me parlent tant. 

Je ne vois ni l’amour dans l’injustice, 

ni l’amour dans l’oppression, 

ni dans le despotisme. 

Je ne vois nulle part où pourrait fleurir l’amour. 

Mais, je continue de t’aimer…

Je t’aime,Guadeloupe.

Je t’aime.

Tessa Naime © Tous droits réservés.

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