Je l’aperçois, au loin. Il se faufile si vite. C’est le seul homme discret au bout de la pièce, qui s’avance pour saluer quelques auteurs par ci, par là. C’est la vie mondaine, le monde immonde des mondanités où le silence n’est plus qu’un vase brisé. Je hais ces instants là. Je hais la suffisance de ces instants, où chacun masque à peine le monstrueux de son ego. Ces instants où l’humain me rappelle qu’il est si bruyant. Ces rires, ces critiques, ces regards malicieux, ces pirouettes pour se sentir exister ! C’est ici le grand bal de la diplomatie. Parfois, les gens s’aiment en secret…
Tandis que, secrètement, il s’avance près de moi pour vérifier que tout va bien, je suis à deux doigts du malaise. Il n’est jamais loin de moi. Un sourire, puis deux. Il me tend la main. Je lui tend la mienne, moite d’anxiété. Tous ces gens… qui observent. Tous ces gens qui se demandent si… Toutes ces femmes qui virevoltent autour, prêt à faire de lui une pomme. On pom sousé ! De temps en temps, il pose les yeux sur moi, c’est sa manière de me dire tout un tas de choses. Il ne parle pas, il ne s’exprime qu’avec les yeux. Sa présence me rassure. Je viens ici, pour me prélasser sur ses lèvres. Pour le contempler, lui. L’entendre murmurer… » Tessa. » L’entendre rire à mes Jeremiades. Soupirer. Rire à nouveau, et se surprendre à rire…
Pourquoi je te fais rire autant ?
Et moi, timide, non chalante, j’ai envie de tout. Envie d’un tas de choses que je ne peux lui dire. J’ai envie. De l’étreinte. De l’embarras. De sa peau sur mes maux. Des insomnies à écrire. J’ai envie de lui dire » Viens, on s’en va. Personne, ici, ne te mérite « . J’ai envie de lui dire » Viens. Repose toi sur mes dunes ». J’ai envie de lui réciter cette chanson de Mélanie :
Ferme les yeux, Reste encore… La Terre attendra. [ Je n’aime pas quand tu pars]
Mais rien n’y fait, je ne lui dis jamais. Je laisse le navire s’échouer sur nos désirs. Désirs partagés? Non… Je n’en sais rien. Car ses yeux ne portent pas tous les mots du monde. Je peux me tromper ? Peut-être qu’il pense, lui, à une autre. C’est vrai… Ne serait-ce pas qu’un vieux fantasme ?
Quelque chose vibre en moi.
Vraiment. Ah, non, en fait c’est mon téléphone. Un message de lui…
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Je lève les yeux, on se regarde. Et dans un instant d’adieu, Il tend la main pour serrer la mienne légèrement.….. mais jusqu’à quand?
Tessa Naime © Tous droits réservés.
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