Le figuier maudit

— Viens, doudou, le figuier est par-là.

Noh me prend la main et sans plus attendre, il m’attire vers l’obscurité de la forêt. Il fait encore jour, ici, mais le soleil se cache de nos aventures mesquines. Je ressens déjà l’air sur ma peau qui m’indique la frivole humeur du ciel. Pourquoi suis-je toujours si frileuse ? Un courant d’air et me voilà qui croise les bras comme si ce geste pouvait me réchauffer. Puis, vous savez, même s’il fait froid, le ventre des femmes est toujours chaud. Alors, quand il me tient la main, un tourbillon d’amour se réchauffe dans mon ventre… Puis mon bassin. Ensuite, mon utérus. C’est le feu de la première fois qui se glisse entre mes cuisses.  Ces cuisses serrées, moites, esclaves d’une chaleur étouffante depuis que nous marchons. 

Nous nous promenons depuis plus d’une heure, ou deux heures, ou peut-être plus de temps. À bien y songer, la Nature nous a toujours volé des secondes ; jamais, elle ne m’a laissé le temps de l’ennui, juste le temps d’être aimée. La nature est si douce qu’elle m’inspire, comme toujours, un exil sans adieu.  Mon pied se bute sur l’une des racines de l’arbre dressé à quelques mètres de moi, ce qui me fait lever les yeux et remarquer l’immensité de ce spectacle. Le voilà, le figuier maudit qu’il voulait me montrer. Immensément fort, grand, présent, dominant le reste de cette ancienne plantation, l’arbre tueur impressionne tous ces visiteurs. Et ce silence de la forêt, ce silence autour de nous, ce silence où lui et moi n’avons rien à nous dire… je ne m’y habituerai jamais. Comment tout peut être si excitant et silencieux ? 

— Tu es bien silencieuse, doudou. Tu apprécies le moment… 

— Le moment c’est nous, je l’ai toujours apprécié, lui dis-je, alors que mes lèvres du bas s’écartent pour sourire.

Ça y est, je lui transmets ma fièvre du bonheur. Un sourire contamine alors ses lèvres noires, comme toutes les fois où il se laisse courtiser par mon romantisme. Mais de nous deux, c’est lui le romantique. C’est lui le poète. C’est lui qui s’empresse alors de me pousser sur un arbre, de relever ma jambe tachetée pour la poser sur sa cuisse. Ses lèvres, titubant sur les miennes, me disent « je te veux, maintenant. » Il me chuchote lentement : « j’ai envie de te lécher », tout en cherchant à me défaire de ma culotte. C’est d’abord mon téton qui se retrouve dans sa bouche juteuse, il le tète comme si du lait pourrait en sortir et je ne peux déjà plus m’empêcher de gémir.  Alors que ses doigts humides se glissent déjà entre mes lèvres génitales, il exprime à nouveau son désir : « Mwen anvi koké-w doudou ». Mésyé ! Le dire en français c’est une chose, le dire dans notre langue c’est… kè i vlé mwen sizé si-y ! Et tandis que je m’amuse de cette pensée, sa langue poursuit sa route sur les montagnes de mon corps. Fè lang a-w monté é désann doudou, pwan tout nanm an mwen.

Appuyée sur le figuier maudit et déjà envahie par le jus de sa langue, j’oublie la douleur lombaire que me procure cette position. Sa langue continue ses va-et-vient sur ma langèt et lui-même se met à gémir comme si l’appétence s’amplifie. Je caresse l’arrière de son crâne pour l’inciter à lécher un peu plus, à saliver plus, à se délecter plus de mon membre. Quelques gouttes de mouille s’écoulent déjà sur mes cuisses, alors, tel un goulafre, il lèche tout autour ce qui s’échappe. Toute cette sensualité me renverse l’estomac, je l’entends gargouiller comme si sa faim ne dépendait que d’un instant de plaisirs.

Noh se relève, baisse son jogging et s’empresse d’enfourner son pénis dans ma soufrière, rouge de fièvre. I pa pwan tan. Son front contre ma joue, sa main sur ma cuisse, une effusion d’indécence se manifeste en moi. Entre le plaisir d’être visible, la peur d’être vu et la tension sexuelle incontrôlable qui nous a amenés jusqu’ici à faire l’amour comme des miséreux, je peine à maîtriser mon expression. Et je l’observe, je cherche ses yeux noisettes, je les fixe avec audace. J’ai toujours aimé contempler sa face. Il a le visage qui s’étire et l’expression qui se fige à chaque spasme, à chaque coup de reins. Je gémis encore plus. Lui, aussi. Mais j’ai envie de l’entendre gémir encore plus, j’ai envie de l’entendre crier de désarroi et j’ai envie que son sexe se noie jusqu’à devenir impuissant. « Doudou, doudou, c’est trop bon… ».

Tessa Naime Extrait d’une œuvre (Découvrez la suite dans le recueil prochainement publié). Tous droits réservés.

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